đźAlgorithme Netflix : vers une homogĂ©nĂ©isation de la culture ?
#41 Quand la crĂ©ativitĂ© devient un outil dâutilitĂ© publique ; la discipline derriĂšre lâĆuvre dâAmĂ©lie Nothomb ; Empathie : la sĂ©rie francophone Ă ne pas rater ; Primo : dans les coulisses de lâĂ©dition
Hola hola,
Nouvelle plateforme, nouveau logo, anciens articles migrĂ©s : ça fait du bien de repartir du bon pied ! JâespĂšre juste ne pas avoir perdu trop dâabonnĂ©s en route đ .
Et comme on entre dans la saison des journĂ©es courtes, de la pluie et du froid, câest le moment de sortir les vitamines, de booster nos dĂ©fenses (dit la fille qui sort tout juste dâune otite doublĂ©e dâune angine) et surtout de nourrir notre curiositĂ©. On se serre les coudes, on se motive et on part explorer des sujets qui nous passionnent. Ăa vous tente ?
Câest parti, bonne lecture !
1. Algorithme Netflix : vers une homogénéisation de la culture ?
Je viens de lire cet article fascinant du Guardian sur lâimpact de lâalgorithme Netflix sur le cinĂ©ma.
Je suis scotchée.
Quelques chiffres sur Netflix, juste pour poser le contexte : + de 300 millions dâabonnĂ©s dans le monde et une production de 100 films originaux par an.
Lâarticle explique la fabrication des âfilms algorithmiquesâ : ces films ne sont pas (encore) directement gĂ©nĂ©rĂ©s par des machines, mais ce sont bien les algorithmes et les donnĂ©es qui pilotent leur production.
ConcrÚtement, cela signifie que Netflix ne se contente plus de diffuser des films, il les conçoit en fonction des comportements de ses utilisateurs.
Le titre dâun film est choisi par une Ă©quipe de stratĂ©gie et dâanalyse qui prĂ©dit sa performance.
Le scĂ©nario peut ĂȘtre ajustĂ© pour que lâhistoire soit facile Ă suivre mĂȘme en multitĂąche. Certains scĂ©naristes reçoivent mĂȘme la consigne de « faire dire Ă un personnage ce quâil fait » pour que les spectateurs puissent suivre en regardant distraitement. Welcome dans lâĂšre du second Ă©cran et du scroll đ
CĂŽtĂ© technique, le contenu reste dans des codes esthĂ©tiques rassurants pour ne pas brusquer les spectateurs et les sortir de leur torpeur Netflixânâchill. LâĂ©clairage conserve un rendu numĂ©rique lumineux mais peu contrastĂ©, et le son est calibrĂ© pour fonctionner sur tous les supports, des casques de rĂ©alitĂ© virtuelle aux tĂ©lĂ©phones les plus usĂ©s.
Une fois le film rĂ©alisĂ©, il passe par le Preview Club, un dispositif de prĂ©-lancement qui combine lâanalyse des interactions des spectateurs et des questionnaires type focus group pour effectuer des ajustements avant la sortie officielle.
Et quand le film est enfin disponible pour tous, on analyse les métriques de visionnage.
Depuis janvier 2020, Netflix considĂšre quâun spectateur a « vu » un film aprĂšs seulement 2 minutes, alors quâauparavant, il fallait avoir visionnĂ© 70 % du film ! Le grand Ă©cart đ€žââïž.
Je trouve que cette vision fragmentĂ©e de lâattention est frappante, surtout quand on sait que 7 % des titres les plus populaires aux Ătats-Unis concentrent 50 % des vues.
Depuis que la plateforme utilise les donnĂ©es des spectateurs pour orienter ses productions, le rĂ©sultat est souvent des films prĂ©visibles, sans grande audace, façonnĂ©s pour plaire au plus grand nombre. Les films « sĂ»rs », faciles Ă comprendre et compatibles avec une consommation en multitĂąche, sont privilĂ©giĂ©s. Les Ćuvres plus audacieuses ou expĂ©rimentales peinent Ă trouver leur place dans un systĂšme oĂč Netflix agit comme distributeur quasi exclusif.
Bien sĂ»r, cela ne concerne pas tous les films. Tous les scĂ©naristes ne reçoivent pas ce type de consignes, et toutes les productions nâen sont pas affectĂ©es, mais selon lâarticle câest une tendance qui se dessine.
Je mâinterroge sur ce que cela rĂ©vĂšle de notre culture et de la place de lâoriginalitĂ©, quand tout est optimisĂ© pour la rĂ©tention et lâefficacitĂ©. Et si cette logique dĂ©passait le cinĂ©ma pour toucher dâautres domaines crĂ©atifs de notre sociĂ©tĂ© ? La crainte est Ă©videmment une homogĂ©nĂ©isation culturelle.
Je mâinterroge aussi sur lâIA : aujourdâhui, lâalgorithme Netflix reste humain dans sa conception, les scripts ne sont pas (encore) Ă©crits par des intelligences artificielles. Mais la prochaine gĂ©nĂ©ration dâautomatisation pourrait amplifier ce processus, rendant les contenus encore plus prĂ©visibles et calibrĂ©s.
Pour moi, Netflix nâest pas seulement un gĂ©ant du streaming, câest un laboratoire de lâattention et de la culture. Observer ses mĂ©thodes, câest se pencher sur les transformations profondes de notre rapport Ă la crĂ©ativitĂ©, Ă lâart et, plus largement, Ă la sociĂ©tĂ©.
2. Quand la crĂ©ativitĂ© devient un outil dâutilitĂ© publique
Le constat : 20 000 patients amĂ©ricains atteints dâun cancer du sang ont besoin de dons de cellules souches ou de moelle osseuse.
Le problĂšme : il nây a pas assez dâinscriptions au registre des donneurs.
La solution : lâONG Gift of Life sâassocie avec Mars pour sortir une Ă©dition spĂ©ciale de leurs chewing-gums : des kits Hero Gum.
Le concept : vous mĂąchez le chewing-gum 5 minutes, vous le glissez dans lâenveloppe et vous lâenvoyez pour analyse. Si votre profil gĂ©nĂ©tique est compatible avec celui dâun patient, alors vous pouvez vous inscrire au registre des donneurs et faire un don.
Lors dâun match des Mets de New York, des kits ont Ă©tĂ© distribuĂ©s aux spectateurs puis sur les campus pour lancer la campagne.
Je trouve ça brillant, justement parce que câest simple. Avec un objet du quotidien, le chewing-gum, ils ont rĂ©ussi Ă lever le principal frein : lâutilisation des Ă©couvillons (le gros coton-tige). RĂ©sultat : un geste banal qui devient un engagement facile, accessible, adressĂ© au grand public lĂ oĂč il se trouve, et le tout sur un ton lĂ©ger, jamais culpabilisant.
3. La discipline derriĂšre lâĆuvre dâAmĂ©lie Nothomb
Jâaime beaucoup explorer les routines de crĂ©ateurs, je vous en ai dĂ©jĂ prĂ©sentĂ© plusieurs : ici, ici et lĂ . Je viens de lire Psychopompe dâAmĂ©lie Nothomb, mon premier roman dâelle et cette lecture mâa donnĂ© envie de creuser sa routine. Je nâai pas Ă©tĂ© déçue đ
Chaque jour, elle se lĂšve Ă 4h du matin et boit, Ă jeun, un demi-litre de thĂ© trĂšs fort. Elle Ă©crit Ă la main, avec un stylo BIC jusquâĂ 8h. Tous les jours, sans exception, samedis et dimanches compris. Chez elle, il nây a pas dâĂ©cran. Pas de tĂ©lĂ©phone. Pas dâadresse email. Elle affirme ne pas croire au talent. Selon elle, « il nây a aucune circonstance qui autorise la dĂ©rogation ». Elle Ă©crit quoi quâil arrive. Ni la maladie, ni le chagrin, ni les insomnies nâinterrompent son rituel.
Câest une discipline exigeante, parfois douloureuse, mais qui porte ses fruits : elle a rĂ©digĂ© 105 manuscrits, dont 34 ont Ă©tĂ© publiĂ©s. đ©
4. Empathie : LA série francophone à ne pas rater
Je viens de terminer La prochaine fois que tu mordras la poussiĂšre de Panayiotis Pascot. Lâauteur y explore la santĂ© mentale avec une grande sincĂ©ritĂ©, en dĂ©crivant ses Ă©pisodes de dĂ©pression mĂ©lancolique, insomnies et les symptĂŽmes qui lâaccompagnent. Presque par hasard, alors que je referme ce livre, je commence Empathie sur Canal+. Je rĂ©alise Ă quel point ces 2 fictions se complĂštent pour mieux comprendre la rĂ©alitĂ© de la maladie mentale.
Empathie dĂ©voile la complexitĂ© de la santĂ© mentale Ă travers des histoires extraordinaires de personnes ordinaires. La sĂ©rie ne sacralise rien : elle montre Ă la fois les possibles de lâinstitution et ses limites. On y traverse des services dĂ©bordĂ©s, des familles en dĂ©tresse et des diagnostics hĂ©sitants, avec une justesse bouleversante.
Je crois que je nâavais jamais vraiment saisi le concept de comĂ©die dramatique avant de regarder Empathie. En 45 minutes, un Ă©pisode fait rire et pleurer.
Le casting est parfait : lâactrice principale crĂšve lâĂ©cran, et le reste de la distribution apporte une intensitĂ© rare (incroyable Mr. DallaireâŠ). Le scĂ©nario est finement Ă©crit et la rĂ©alisation Ă la fois vive et poĂ©tique. Ce qui me plaĂźt dans cette sĂ©rie, câest son rĂ©alisme et sa capacitĂ© Ă mĂȘler des instants de gravitĂ© Ă des touches dâhumour.
GrĂące Ă Empathie, jâai lâimpression de mieux saisir la complexitĂ© de la maladie mentale. Je pense que câest impossible de comprendre vraiment sans y ĂȘtre confrontĂ©e frontalement, mais ma perception a changĂ© et jâessaie dâadopter un regard moins jugeant.
Il va sans dire que je vous la recommande chaudement !
5. Primo : dans les coulisses de lâĂ©dition
Je suis en train d'écouter le podcast Primo, lancé en 2019 mais que je viens tout juste de découvrir.
Tout commence par un appel Ă manuscrits : 3 auteurs auront la chance dâĂȘtre publiĂ©s chez Robert Laffont. RĂ©sultat, 218 candidats envoient leur texte.
En 16 Ă©pisodes de 20 de minutes, le podcast retrace tout le parcours : de la premiĂšre lecture au contrat dâĂ©dition. On y suit pas Ă pas la naissance dâun livre et on plonge dans les coulisses du monde Ă©ditorial. On parle processus dâĂ©criture, relecture, contrat, argent, recherche de titre, de couverture, promotion, etc.
TrÚs intéressant pour celles et ceux qui aiment lire ou simplement comprendre comment un manuscrit devient un roman !
đźC'est tout pour aujourd'hui ! J'espĂšre que cette 41e Ă©dition de Taquito Ă©tait appĂ©tissante. Si vous lisez / Ă©coutez / visionnez / crĂ©ez des choses intĂ©ressantes, nâhĂ©sitez pas Ă me les partager : taquitonewsletter@gmail.com.Â
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A dans 2 mercredis đ
Mathilde





