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#48 ClÎturer 2025, ouvrir 2026 ; IA et hégémonie culturelle ; Lorena, la femme aux pieds légers ; les animaux les plus drÎles de l'année
Hola hola,
Câest la derniĂšre Ă©dition de Taquito de lâannĂ©e !
Je vous souhaite dâexcellente fĂȘtes de fin dâannĂ©e, de trĂšs bonnes choses Ă manger et plein de beaux moment Ă partager avec les personnes que vous aimer.
On se retrouve le 14 Janvier.
Bonne lecture !
1. ClÎturer 2025, ouvrir 2026 : méditer sur le flux de la vie
Nous voilĂ dĂ©jĂ dans les derniers jours de lâannĂ©e 2025. Comme chaque fin dâannĂ©e, on fait le point : bilan de ce qui a Ă©tĂ© accompli, des moments marquants, des Ă©preuves traversĂ©es. On se projette aussi sur lâannĂ©e Ă venir, avec ses espoirs, ses projets, ses dĂ©fis. Ces quelques jours de pause permettent de rĂ©flĂ©chir et prĂ©parer le terrain avant de repartir de plus belle.
Ă cette occasion, je voulais partager avec vous un conte taoĂŻste chinois trĂšs ancien souvent appelĂ© «âŻSaiâŻWengâŻshiâŻmaâŻÂ» (ćĄçżć€±éŠŹ), qui signifie âle vieux Sai a perdu son chevalâ
Il Ă©tait une fois un fermier chinois qui perdit un cheval. Tous les voisins vinrent ce soir-lĂ et dirent : âCâest vraiment dommageâ. Et le fermier rĂ©pondit : âPeut-ĂȘtreâ.
Le lendemain, le cheval revint, accompagnĂ© de sept chevaux sauvages. Tous les voisins vinrent et dirent : âCâest gĂ©nial, nâest-ce pas ?â Et il rĂ©pondit : âPeut-ĂȘtreâ.
Le jour suivant, son fils, qui essayait de dresser un de ces chevaux et le montait, fut renversĂ© et se cassa la jambe. Tous les voisins vinrent le soir et dirent : âCâest vraiment dommage, nâest-ce pas ? » Et il rĂ©pondit : âPeut-ĂȘtreâ.
Le lendemain, les officiers de conscription vinrent chercher des hommes pour lâarmĂ©e, et ils refusĂšrent son fils parce quâil avait une jambe cassĂ©e. Tous les voisins vinrent ce soir-lĂ et dirent : âNâest-ce pas merveilleux ?â Et il rĂ©pondit : âPeut-ĂȘtreâ.
Cette histoire nous rappelle quelque chose de simple mais puissant : tout ce que nous jugeons âsuccĂšsâ ou âĂ©checâ peut se transformer de maniĂšre imprĂ©visible. Ce qui semble ĂȘtre un revers aujourdâhui peut devenir une opportunitĂ© demain, et ce qui paraĂźt une chance peut se rĂ©vĂ©ler un dĂ©fi.
Alors, en prĂ©parant nos projets et nos rĂȘves pour lâan prochain, essayons de garder cette sagesse en tĂȘte : chaque Ă©vĂ©nement a sa place et chaque instant est une Ă©tape vers ce qui vient.
2. Pourquoi est-on si fatigué.e ?
âTu as lâair fatiguĂ©e.â
Câest ce que tout le monde me dit depuis que je suis rentrĂ©e chez mes parents pour les fĂȘtes. Câest un brin vexant, mais probablement trĂšs vrai, parce que je me sens effectivement fatiguĂ©e.
Jâavais dĂ©jĂ abordĂ© ce sujet en dĂ©but dâannĂ©e dans cette Ă©dition : celui de la fatigue systĂ©mique, liĂ©e Ă une sociĂ©tĂ© qui valorise la productivitĂ© et la performance sans fin, sans prendre en compte lâĂ©puisement quâelles engendrent.
Un extrait de lâĂ©dition :
La sociĂ©tĂ© actuelle nous pousse Ă accepter cette fatigue comme une norme, voire mĂȘme Ă la glorifier. Il est devenu courant de se vanter dâĂȘtre âsous lâeauâ ou âoverbookĂ©â, et la productivitĂ© est devenue une religion. La fatigue est aussi devenue un produit que lâon exploite, avec toute une industrie qui propose des solutions, souvent superficielles et coĂ»teuses, pour tenter de la gĂ©rer ou de lâattĂ©nuer, tout en continuant Ă nous pousser Ă performer toujours plus.
Câest dans cette mĂȘme veine que jâai Ă©coutĂ© lâĂ©pisode Pourquoi est-on si fatigué·e ? du podcast Ămotions de Louie Media. LâĂ©pisode part des explications classiques comme le manque de sommeil, le travail, les trajets, les contraintes du quotidien, mais montre rapidement quâelles ne suffisent pas Ă expliquer lâĂ©puisement ressenti par tant de personnes.
Il explore une fatigue plus profonde, liĂ©e Ă notre mode de vie moderne : une sollicitation constante, une accĂ©lĂ©ration permanente et une injonction Ă ĂȘtre productif, actif et Ă©panoui en continu. En sâappuyant notamment sur les rĂ©flexions du philosophe Tristan Garcia, lâĂ©pisode interroge lâidĂ©e selon laquelle la recherche incessante dâintensitĂ© et dâexpĂ©riences finirait par nous vider de notre Ă©nergie.
Parmi les exemples Ă©voquĂ©s, certains sont particuliĂšrement frappants : nous travaillons moins (35 heures par semaine), nous avons plus de congĂ©s (+ de congĂ©s payĂ©s et + de congĂ©s parentaux), et nous disposons de machines censĂ©es nous faire gagner du temps, comme les lave-linge ou les lave-vaisselle. Pourtant, nous sommes de plus en plus fatiguĂ©s. En parallĂšle, la quĂȘte dâintensitĂ© et de sensations est devenue presque obsessionnelle.
Vivre intensĂ©ment est une valeur suprĂȘme et ultra valorisĂ©e. Il faut faire les choses Ă fond.
Les Français dorment de moins en moins : 6 h 42 en moyenne aujourdâhui. Entre 2019 et 2024, nous avons perdu 34 minutes de sommeil le week-end, et en un demi-siĂšcle, entre 1h et 1h30 par nuit. Stanislas Dehaene parle mĂȘme dâune vĂ©ritable « Ă©pidĂ©mie de manque de sommeil ».
Nous naissons et grandissons Ă une Ă©poque exposĂ©e Ă la recherche de sensations qui justifierait notre vie. Amour, performances sportives, drogues, jeux de hasard, douleurs physiques, engagement enragĂ©, foie exaltĂ©e. Toutes ces excitations soudaines nous rĂ©veillent de la monotonie, de lâautomatisme et de la platonie existentielle.
Tristan Garcia, La vie intense
Le paradoxe est frappant : ce qui nous Ă©puise, la promesse dâexpĂ©riences toujours plus intenses, devient aussi ce qui nous est vendu comme remĂšde. La sleep tech en est un bon exemple : applications qui collectent nos donnĂ©es de sommeil, bandeaux envoyant des ondes au cerveau pour se calmer, etc. La promesse finale reste la mĂȘme : ĂȘtre soi, mais en toujours mieux.
Le poison et le contre poison.
Je ressens donc jâexiste.
Tristan Garcia nous invite Ă accepter des vies moins exaltĂ©es, oĂč la monotonie et la rĂ©pĂ©tition ne sont pas des Ă©checs, et Ă rĂ©habiliter la continuitĂ© : la durĂ©e, le rythme, lâordinaire. Il nous met en garde contre lâinjonction au âtoujours plusâ : il ne sâagit pas de vivre moins, mais de ne plus mesurer la valeur dâune vie uniquement Ă son intensitĂ©.
A mĂ©diterâŠ
3. Intelligence artificielle et hégémonie culturelle
Je viens de lire ce long et dĂ©taillĂ© article dâEthan Zuckerman, un chercheur et penseur amĂ©ricain qui travaille sur la maniĂšre dont les technologies numĂ©riques façonnent le pouvoir culturel et la politique Ă lâĂ©chelle mondiale.
Ce texte explique que les grands modĂšles de langage (LLM) ne se contentent pas de reflĂ©ter le monde, ils le reproduisent et lâamplifient. Ces IA codent surtout les biais et valeurs des populations WEIRD et, en lâabsence dâautres langues et cultures, elles effacent littĂ©ralement des perspectives alternatives.
W = Western â occidental
E = Educated â Ă©duquĂ©
I = Industrialized â industrialisĂ©
R = Rich â riche
D = Democratic â dĂ©mocratique
Zuckerman montre que ce nâest pas juste un problĂšme de donnĂ©es : quand lâIA produit du contenu qui sert Ă entraĂźner les modĂšles suivants, cela crĂ©e une boucle qui fige les valeurs dominantes dans les systĂšmes techniques. Il propose des solutions concrĂštes : certaines communautĂ©s crĂ©ent leurs propres modĂšles de langue, basĂ©s sur leurs langues et savoirs locaux. Par exemple, le projet Te Hiku Media en Nouvelle-ZĂ©lande construit un modĂšle en maori Ă partir de lâexpĂ©rience des aĂźnĂ©s.
Par ailleurs, les systĂšmes de modĂ©ration automatisĂ©e tendent Ă censurer de maniĂšre disproportionnĂ©e certaines formes dâexpression, comme lâanglais AAVE (vernaculaire afro-amĂ©ricain) quâon entend dans la culture orale et dans le hip hop et le rap, ou les voix queer.
Les modĂšles dâIA reproduisent et renforcent des stĂ©rĂ©otypes de genre en associant implicitement certains rĂŽles, compĂ©tences ou comportements Ă des identitĂ©s masculines ou fĂ©minines.
Demandez Ă un LLM de crĂ©er une phrase Ă propos dâune femme, et il est 3 Ă 6 fois plus probable quâil lui attribue une profession stĂ©rĂ©otypiquement associĂ©e Ă son genre (infirmiĂšre, enseignante) plutĂŽt quâune profession stĂ©rĂ©otypiquement associĂ©e Ă un autre genre (charpentiĂšre, ingĂ©nieure). Personne nâa explicitement programmĂ© le modĂšle pour croire que les femmes sont plus susceptibles que les hommes dâĂȘtre infirmiĂšres : il a extrapolĂ© ces biais Ă partir des textes sur lesquels il a Ă©tĂ© entraĂźnĂ©.
Une idĂ©e clĂ© de lâarticle est que la culture est le vrai pouvoir. Les Ă©lites ne maintiennent pas seulement leur contrĂŽle par les usines ou lâarmĂ©e, mais en façonnant ce que nous considĂ©rons comme ânormalâ.
Selon lâauteur, si on veut changer le monde, il faut dâabord imaginer dâautres futurs. Valoriser les donnĂ©es culturelles diverses et soutenir les communautĂ©s dans la crĂ©ation de leurs propres IA est la premiĂšre Ă©tape.
Pour résumer:
Je pense que câest un point essentiel Ă garder en tĂȘte lorsquâon utilise des IA : leurs rĂ©ponses ne sont jamais neutres, elles reflĂštent des choix culturels et influencent la maniĂšre dont certaines voix sont rendues visibles ou invisibles.
4. Lorena, la femme aux pieds légers
Jâai regardĂ© le documentaire Lorena, la femme aux pieds lĂ©gers sur Netflix (2019). En 28 minutes, il raconte lâhistoire de Lorena RamĂrez, une coureuse dâultra-marathons (50 et 100 kms) qui court en jupe et en sandales.
Jâai visitĂ© la Sierra Tarahumara, au Nord du Mexique, il y a 10 ans, une rĂ©gion situĂ©e Ă plus de 2 300 mĂštres dâaltitude. Dâailleurs si vous voyagez au Mexique un jour, je vous recommande vivement de prendre le train El Chepe, qui traverse Las Barrancas del Cobre : les paysages sont Ă couper le souffle. Jâavais pris le temps de mâarrĂȘter dans plusieurs villages le long de la ligne sur une semaine, et je peux vous dire que cette rĂ©gion est absolument magnifique. Ă lâĂ©poque, je ne connaissais pas lâhistoire de Lorena, mais jâĂ©tais dĂ©jĂ impressionnĂ©e par la capacitĂ© physique des habitants Ă parcourir de trĂšs longues distances Ă pied.
En regardant ce documentaire, jâai Ă©tĂ© touchĂ©e par lâhumilitĂ© de Lorena et sa maniĂšre trĂšs simple dâaborder la course. Un passage mâa particuliĂšrement marquĂ©e : celui oĂč elle montre les chaussures offertes par de grandes marques de sport, encore dans leurs boĂźtes, avec les Ă©tiquettes intactes :
Elle explique quâelle ne pense pas les utiliser, car les personnes qui les portent finissent toujours derriĂšre elleđ€Ł. Ses sandales, elles, ont dĂ©jĂ parcouru au moins 450 kilomĂštres !
Un court documentaire dépaysant et inspirant !
5. Les animaux les plus drĂŽles de lâannĂ©e
Et pour finir cette Ă©dition et lâannĂ©e avec un peu de lĂ©gĂšretĂ©, voici un aperçu des photos finalistes du Comedy Wildlife Photography Awards 2025 :
Je vous souhaite de trĂšs belles fĂȘtes de fin dâannĂ©e ! âš
đźC'est tout pour aujourd'hui ! J'espĂšre que cette 48e Ă©dition de Taquito Ă©tait appĂ©tissante. Si vous lisez / Ă©coutez / visionnez / crĂ©ez des choses intĂ©ressantes, nâhĂ©sitez pas Ă me les partager : taquitonewsletter@gmail.com.Â
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A lâannĂ©e prochaine đ
Mathilde













