đź Et si la crĂ©ativitĂ© tenait dans une boĂźte ? đïž
#44 Compagnons IA : le futur de l'espionnage ; plus un travail est utile, moins il rapporte ; la décoloration du monde ; Bulle et Bob
Hola hola,
Pour cette édition on brasse large ! Au programme : espionnage, couleurs, créativité et boßte à trésors.
Câest parti, bonne lecture !
1. Compagnons IA : le futur de lâespionnage
Comme vous le savez (ou pas pour ceux qui nous ont rejoint rĂ©cemment), je suis une grande fan de sĂ©ries dâespionnage comme Le Bureau des LĂ©gendes, Homeland et The Americans. Alors, je peux vous dire que jâai dĂ©vorĂ© cet article :
Au dĂ©but de la Guerre froide, la supĂ©rioritĂ© du renseignement reposait sur lâargent, les agents et les idĂ©aux.
En 2030, elle dépendra du contrÎle des compagnons IA auxquels des milliards de personnes confieront leurs secrets.
Les compagnons dâintelligence artificielle, ces systĂšmes capables de tenir une conversation empathique et de nouer un lien Ă©motionnel avec leurs utilisateurs sont, selon lâauteur Jordan Schneider, en train de devenir un nouvel outil de puissance et dâespionnage.
Ils ne se contentent déjà plus de répondre à des questions : ils écoutent, consolent, flirtent et se souviennent.
Lâauteur souligne que ces systĂšmes « sauront bientĂŽt tout de nous, mieux que nâimporte quel confident humain, en voyant Ă travers nos lunettes connectĂ©es, en se souvenant de chaque conversation, et en nous offrant un soutien Ă©motionnel constant et calibrĂ©. »
Cette intimitĂ© totale crĂ©e une faille inĂ©dite : si une puissance Ă©trangĂšre contrĂŽle les serveurs ou le code source dâun compagnon IA utilisĂ© massivement Ă lâĂ©tranger, elle pourrait accĂ©der aux secrets, Ă©motions et failles psychologiques de millions dâutilisateurs.
TikTok, Ă cĂŽtĂ©, câest lâapĂ©roâŠ
Demain, des populations entiĂšres pourraient ĂȘtre influencĂ©es non par des campagnes de dĂ©sinformation massives, mais par des conversations personnalisĂ©es avec des IA auxquelles elles font confiance.
Les campagnes Ă©lectorales, les protestations, voire les rĂ©voltes, pourraient ĂȘtre murmurĂ©es par un algorithme Ă©tranger.
Ăa fait peur non?
Alors oui, on est en pleine prospective, mais ça fait rĂ©flĂ©chir quand mĂȘme⊠Quand on lit son raisonnement, on se dit que ça ne relĂšve peut-ĂȘtre pas tant de la science-fiction.
Parce que les chiffres sont là : 4 PDG sur 5 se disent isolés.
Les dirigeants, comme les adolescents, pourraient bientĂŽt chercher du rĂ©confort auprĂšs de ces IA. Selon lâauteur, « nous aurons tous accĂšs Ă des compagnons IA constamment prĂ©sents, empathiques et impeccablement adaptĂ©s. Ces systĂšmes deviendront les âpetits dieuxâ de notre quotidien. »
Schneider termine son essai par un avertissement : lâintimitĂ© numĂ©rique est en passe de devenir une ressource stratĂ©gique. Selon lui, Ă mesure que nous nous habituons Ă parler Ă nos IA comme Ă des amis, elles deviennent des portes dâentrĂ©e vers notre esprit, et donc vers le pouvoir.
Il appelle les Ătats-Unis Ă agir vite et propose dâinterdire les compagnons IA chinois sur le marchĂ© amĂ©ricain, de renforcer le contre-espionnage autour de leurs dĂ©veloppeurs et, surtout, de crĂ©er leurs propres agents IA capables dâopĂ©rer Ă lâĂ©tranger.
« En 2030, la supériorité du renseignement viendra du contrÎle des compagnons IA auxquels des milliards de personnes confieront leurs secrets », conclut-il.
2. De lâimportance dâavoir une boĂźte Ă trĂ©sors đïž
Vacances scolaires obligent, cette Ă©dition sâinspire en partie de la lĂ©gĂšretĂ© et de lâimagination de lâenfance.
Parce que, oui, les enfants ont un superpouvoir : celui de transformer tout en trésor.
Tout devient matiÚre à émerveillement : un caillou devient diamant, une ficelle devient serpent, une boßte vide devient coffre au trésor.
Vivre avec un enfant est une remise Ă zĂ©ro du regard. Avec Junior, jâai (re)dĂ©couvert le pouvoir magique dâune boĂźte Ă trĂ©sors. Dedans, il met tout ce qui lui plaĂźt : un galet, une plume, une vis. Des choses sans valeur marchande, mais pleines de valeur poĂ©tique.
Jâai compris que câĂ©tait une sorte de carnet en 3 dimensions. Un endroit oĂč lâimagination se fabrique avec les mains.
Mes trĂ©sors tiennent sur du papier : des mots, des bouts dâidĂ©es que je garde comme dâautres gardent des coquillages.
Quand les copines et copains viennent Ă la maison, Junior leur fait la visite guidĂ©e de sa boĂźte. Et Ă chaque fois, je vois la mĂȘme chose : les yeux qui brillent et lâenvie dâen avoir une aussi.
Alors si vous cherchez un cadeau, une idée simple et magique : offrez une boßte. Vide.
Et laissez un enfant (ou vous-mĂȘme) la remplir de petits bouts du monde.
Parce que la crĂ©ativitĂ©, câest ça aussi : collectionner ce qui nous Ă©merveille.
Peu importe lâĂąge : 2, 5, 10, 20, 40 ou 60 ans, on a tous besoin dâune boĂźte Ă trĂ©sors.
đ Et vous, quây aurait-il dans la vĂŽtre ?
Jâaimerais bien le savoir ! RĂ©pondez Ă ce mail, et envoyez une photo de vos trouvailles !
3. Plus un travail est utile, moins il rapporte
Une amie mâa partagĂ© cette vidĂ©o de lâanthropologue David Graeber :
Transcription et traduction en français :
âPlus votre travail aide les autres, le moins on vous paye. Les personnes qui font un travail clairement utile, comme un conducteur de bus, un infirmier, un prof sont payĂ©s beaucoup moins que des gens dont on ne comprend mĂȘme pas ce quâils font. Souvent, ils ne font pas grand chose. Par exemple, âje suis responsable du dĂ©veloppement de la marqueâ ou ce genre de job. Ces gens sont payĂ©s beaucoup et ne contribuent pas vraiment Ă grand chose et parfois mĂȘme sont nuisibles selon beaucoup dâestimations. Mais ils sont beaucoup plus payĂ©s que des personnes dont la valeur sociale du travail est durable et essentielle. Et puis le fait dâavoir un effet positif sur le monde est considĂ©rĂ© comme une partie de votre rĂ©munĂ©ration. On dit aux enseignants âvotre travail est intĂ©ressant alors pourquoi vouloir de lâargent?â.
David Graeber
Cette vidĂ©o est extraite du documentaire (en 6 parties) Travail, salaire, profit diffusĂ© sur Arte. On y retrouve 21 chercheurs venus dâEurope, des Ătats-Unis, de Chine et dâAfrique, interrogĂ©s sur les concepts fondamentaux de lâĂ©conomie : le travail, lâemploi, le salaire, le capital, le profit et le marchĂ©. Une enquĂȘte qui tente de comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Je vais ĂȘtre honnĂȘte : jâai commencĂ© Ă regarder la premiĂšre partie⊠mais je me suis endormie đ
Câest intĂ©ressant mais assez ⊠dense ; disons quâil vaut mieux Ă©viter de se lancer dedans Ă 22h đŽ.
Mais revenons Ă lâextrait ci-dessus. Je trouve le propos tellement vrai. Et quand on repense Ă la derniĂšre Ă©dition de Taquito avec la femme qui vend un service de prĂ©nom sur mesure, je me dis quâon est en plein dedansâŠ
Il y a un vrai décalage fondamental dans la maniÚre dont nous mesurons le travail et la valeur.
Ce dĂ©sĂ©quilibre façonne nos prioritĂ©s, nos choix de carriĂšre et nos perceptions de ce qui compte vraiment. Il envoie un message implicite : aider, construire, soigner⊠câest honorable, mais pas assez ârentableâ pour ĂȘtre rĂ©compensĂ© Ă sa juste valeur. Et dans le mĂȘme temps, des activitĂ©s dont la valeur rĂ©elle pour la sociĂ©tĂ© est discutable deviennent des symboles de succĂšs.
Câest vertigineux quand on y pense.
Ce nâest pas seulement une question dâargent, mais de reconnaissance, de sens et de justice sociale. Tant que ce dĂ©calage persistera, il y aura toujours cette impression dâinjustice, cette sensation que quelque chose ne tourne pas rond dans le monde du travail.
On a applaudi les soignants Ă 20h pendant combien de temps ? Pourquoi valorisons-nous certaines contributions et pas dâautres ? Comment se fait-il que des mĂ©tiers essentiels au quotidien restent si souvent invisibles dans lâĂ©conomie ?
Je nâai pas de rĂ©ponse, mais ça me fait regarder le monde du travail un peu autrement.
4. La dĂ©coloration du monde, symptĂŽme dâun vivant qui sâĂ©teint
Jâavais dĂ©jĂ Ă©voquĂ© de la disparition des couleurs dans cet article dans lequel, jâĂ©crivais que nous assistions Ă :
Un glissement vers la fadeur parce que dans un monde pilotĂ© par les donnĂ©es, tout finit par se standardiser. Les algorithmes nous proposent ce que la majoritĂ© est censĂ©e aimer, et peu Ă peu, nos goĂ»ts sâalignent, nos prĂ©fĂ©rences se lissent, nos choix se ressemblent.
Câest ce quâon appelle la rĂ©gression vers la moyenne : nos dĂ©sirs se fondent dans la norme, et les couleurs sâeffacent.
Suite Ă cette Ă©dition, une lectrice mâa partagĂ© cette vidĂ©o de France Culture particuliĂšrement Ă©clairante. En la regardant, cette phrase mâa frappĂ© par sa justesse:
Moins il y a de couleurs autour de nous, moins on a envie de porter de la couleur.
Câest une forme de monochromie qui sâinstalle, doucement mais sĂ»rement.
La mĂȘme semaine, je suis tombĂ© sur un cet article du Guardian qui prolongeait parfaitement cette rĂ©flexion : Ă mesure que les forĂȘts disparaissent, les papillons perdent eux aussi leurs couleurs et deviennent gris.
Les couleurs Ă©clatantes des insectes ont Ă©voluĂ© dans des Ă©cosystĂšmes luxuriants pour les aider Ă survivre. Aujourdâhui, ils deviennent plus ternes pour sâadapter Ă des paysages dĂ©gradĂ©s â et ils ne sont pas les seuls Ă sâaffadir.
Autrefois, pour les papillons, des ailes vives et Ă©clatantes Ă©taient synonymes de survie : elles servaient Ă sĂ©duire, Ă se protĂ©ger, Ă se fondre dans un environnement riche et diversifiĂ©. Mais Ă mesure que les humains remplacent les forĂȘts tropicales par des plantations uniformes, notamment dâeucalyptus, la nature se dĂ©colore.
Partout, les Ă©cosystĂšmes autrefois riches en teintes deviennent plus ternes Ă mesure quâils se dĂ©gradent et se simplifient : les rĂ©cifs coralliens blanchissent, les ocĂ©ans verdissent, mĂȘme les arcs-en-ciel pourraient devenir moins visibles dans les zones densĂ©ment peuplĂ©es et polluĂ©es.
La disparition des couleurs nâest pas quâun dĂ©tail esthĂ©tique : elle est le reflet dâun appauvrissement du vivant et de nos environnements. Quand la nature devient terne, nos expĂ©riences et nos Ă©motions sâuniformisent. PrĂ©server la diversitĂ© des couleurs, câest donc prĂ©server la vitalitĂ© du monde, notre lien avec lui, et notre capacitĂ© Ă ĂȘtre surpris et Ă©merveillĂ©s par la richesse du vivant.
5. Bulle et Bob
Petite mise en garde avant de vous lancer : il y a un prĂ©-requis pour cette recommandation, il faut avoir un lecteur CD đż.
Oui, je sais, câest devenu une espĂšce en voie de disparition, mais je trouve super dâen avoir un Ă la maison car ça permet 2 choses avec un enfant : le rendre autonome (dans une certaine limite hein đ
), et faire exister un peu le monde analogique dans sa vie en lui montrant quâon peut Ă©couter de la musique autrement que sur un Ă©cran. Et ça nous fait pas de mal Ă nous non plus dâĂ©couter un CD en entier, avec les chansons âdans lâordreâ, sans pub, sans algorithme et sans playlist !
Je sais que ce nâest pas toujours facile de trouver une bonne idĂ©e de cadeau pour un enfant, alors je me permets de vous faire une recommandation pour les 2 Ă 7-8 ans.
Ă la maison, Junior est fan.
AprĂšs avoir subi Ă©coutĂ© pas mal de disques pour enfants, je dois avouer que jâai dĂ©veloppĂ© une lĂ©gĂšre allergie aux chansonnettes sirupeuses et aux refrains dĂ©goulinants⊠Câest justement ce que jâaime dans Bulle et Bob : les mĂ©lodies sont joyeuses mais jamais niaises, les arrangements sont travaillĂ©s et les instruments variĂ©s. On sent quâil y a de la rĂ©flexion, du travail et beaucoup de plaisir derriĂšre.
Bref, il y a consensus Ă la maison : Bulle et Bob, câest validĂ© par tout le monde et en plus il y en a plĂ©thore !
đźC'est tout pour aujourd'hui ! J'espĂšre que cette 44e Ă©dition de Taquito Ă©tait appĂ©tissante. Si vous lisez / Ă©coutez / visionnez / crĂ©ez des choses intĂ©ressantes, nâhĂ©sitez pas Ă me les partager : taquitonewsletter@gmail.com.Â
đSi vous avez reçu cette newsletter via un ami et que vous souhaitez recevoir les prochaines ou lire les prĂ©cĂ©dentes:Â
A dans 2 mercredis đ
Mathilde








Un plaisir Ă lire comme d'habitude :)
Par rapport aux mĂ©tiers utiles, je pense qu'une premiĂšre explication serait que ces mĂ©tiers relĂšvent souvent du public oĂč les budgets sont trĂšs restreints et dont le rĂ©sultat doit ĂȘtre accessible au plus grand nombre. Beaucoup de ces mĂ©tiers se tournent vers le privĂ© pour un meilleur salaire et de meilleures conditions.
Et si on prends un plombier ou un serrurier qui est un mĂ©tier utile et factuel mais complĂštement privĂ©, les prix pratiquĂ©s peuvent ĂȘtre assez Ă©levĂ©s pour certains.
Les métiers de l'enseignement, de la petite enfance et de la médecine restent un sujet mais le raccourci métier utile=non valorisé est, je trouve, un peu rapide